Edité chez Grasset, Paris, 1998, 314 p. Traduit en espagnol.
Présentation et traduction des Latâ’if al-minan d’Ibn ‘Atâ’ Allâh.
Le soufi égyptien Ibn ’Atâ’ Allâh (1259-1309) est l’auteur d’une œuvre qui a pénétré tous les milieux mystiques de l’islam.
Dans la Sagesse des maîtres soufis, son dernier ouvrage, Ibn ’Atâ’ Allâh rend hommage à son maître al-Mursî et au maître de celui-ci, le Marocain Abû I-hassan al-Shâdhilî, fondateur de l’ordre shâdhilî - l’une des principales composantes du soufisme actuel. Ibn ’Atâ’ Allâh le premier - ni al-Mursî ni al-Shâdhilî n’avaient écrit nous révèle l’essentiel de la doctrine de son ordre et dresse un plaidoyer très étayé en faveur du soufisme et de la sainteté.
Soucieux de toucher un public large, Ibn ’Atâ’ Allâh émaille son récit d’anecdotes savoureuses ayant pour cadre l’Egypte du Xiii e siècle.
"Il est plus difficile de connaître le saint que de connaître Dieu", affirmait al-Mursï.
A l’évidence, la relation privilégiée qui s’est tissée ici entre maître et disciple fournit un témoignage incomparable sur la sainteté en terre d’islam, qui a valeur universelle.
Extrait de la présentation :
    Le titre complet de ce livre est « Les touches subtiles de la grâce, ou des vertus spirituelles du cheikh Abû l-‘Abbâs al-Mursî et de son maître al-Shâdhilî Abû l-Hasan » (Latâ’if al-minan fî manâqib al-shaykh Abî l-‘Abbâs al-Mursî wa shaykhi-hi al-Shâdhilî Abî l-Hasan). Il est connu dans le monde musulman sous sa forme abrégée Latâ’if al-minan (« Les touches subtiles de la grâce »). Il s’agit sans doute du dernier ouvrage d’Ibn ‘Atâ’ Allâh.
    Ce texte a effectivement le caractère d’une oeuvre ultime, car il contient le testament spirituel de l’auteur. Le projet fondamental qui anime celui-ci est de transmettre l’enseignement de ses maîtres ; il faut donc le coucher sur papier avant que lui-même, Ibn ‘Atâ’ Allâh, ne disparaisse. En effet, al-Shâdhilî et al-Mursî n’ont écrit que des oraisons. Comme beaucoup de maîtres, ils ont répugné à consigner l’expérience ineffable de l’initiation spirituelle, et Ibn ‘Atâ’ Allâh cite dans les premières pages des Latâ’if al-minan cette réponse qu’al-Shâdhilî fit à la personne lui ayant demandé pourquoi il n’avait rien rédigé sur la Voie soufie : « Mes disciples me tiennent lieu de livres ».
    Fidèles en cela à leur vocation hagiographique, les Latâ’if al-minan visent d’abord à retracer la carrière spirituelle des maîtres d’Ibn ‘Atâ’ Allâh, et à relever leurs titres de gloire. Toutefois, les longs Prolégomènes qui ouvrent le livre contiennent un enseignement doctrinal très dense, et qui se fonde sur les sources scripturaires de l’islam. L’auteur espère ainsi confondre les adversaires de la sainteté et du soufisme, tout en préparant le lecteur à l’évocation des charismes de ses maîtres. La "défense et illustration" de la sainteté à laquelle il se livre se nourrit donc, au fil des pages, de matériaux divers : le récit des mirabilia, qui ont pour cadre cette fascinante Egypte du XIIIe siècle, y alterne avec des paroles de sagesse et des considérations métaphysiques. Ici réside l’originalité des Latâ’if al-minan : l’essentiel de l’enseignement shâdhilî s’y trouve consigné sous une forme variée et attrayante.
    Les soufis présentent volontiers le tasawwuf comme une science spirituelle s’alimentant autant de gnose que d’amour, et Ibn ‘Atâ’ Allâh, qui consacre ici quelques belles pages à l’amour, y affirme par ailleurs la suprématie de la gnose ; il cède en cela à la volonté de lucidité spirituelle affichée dans la Shâdhiliyya. Mais, à lire les Latâ’if al-minan, on s’aperçoit qu’il s’agit en définitive d’une histoire d’amour entre maître et disciple. Dans la conclusion, Ibn ‘Atâ’ Allâh revient de façon émouvante sur la « paternité spirituelle » exclusive qui le lie à al-Mursî : « C’est lui qui, rapidement, nous a dévoilé à nous-même notre propre “ secret ”, et a délié notre langue, confesse-t-il. Il a planté en nous l’arbre de la connaissance, dont les fruits sont parvenus à maturité et dont les fleurs exhalent leur parfum. C’est lui qui, par la grâce de Dieu, a scellé un pacte avec nous ». Cet amour réciproque entre le disciple et le maître et, à travers celui-ci, entre le disciple et le Prophète représente pour les soufis la voie d’accès à l’Amour divin, mobile de la création.
La sagesse des maîtres soufis, éditions Grasset, Paris : présentation et traduction des Latâ’if al-minan d’Ibn ‘Atâ’ Allâh, Paris, 1998, 314 p. Traduit en espagnol.
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